Fille des terres bourguignonnes, Emma Cassi a vu son enfance bercée par un art de vivre simple et en lien avec le Vivant. Et, quand elle s’évadait avec sa famille le temps des vacances, c’était pour être encore plus près de la Nature, jusqu’à parfois sembler faire corps avec elle. Une enfance qui a façonné sa vision de l’Art, un Art qui ne peut naître que d’une union presque sacrée de la main et la Nature. Des terres de sa jeunesse aux terres anglaises, puis, depuis peu, à l’Espagne, Emma Cassi se laisse ainsi traverser par les lieux qu’elle habite pour donner vie à son Art.

Aux origines d’Emma Cassi...

Enfant puis jeune fille, Emma Cassi vécut les joies de la van-life auprès de ses parents. Loin de l’image glamour que l’on peut s’en faire aujourd’hui, leur camionnette bricolée les emmenait néanmoins là où ils le désiraient : à Monaco, ou encore en Italie pour, pourquoi pas, se baigner dans les lavoirs des villages… Leurs journées là-bas étaient ponctuées de randonnées et de toiles de tentes déposées librement près des torrents d’eaux vives, des rivières ou des lacs nichés en haut des montagnes. La toilette devenait alors un doux prétexte pour se laisser laver par l’eau des glaciers, puis s’abandonner aux rayons chaleureux du soleil, étendue à même les rochers.

Des souvenirs exaltés qui pour elle sont restés ancrés sous sa peau veloutée… D’ailleurs, elle aime à penser que la mémoire de l’eau l’a traversée et ne l’a plus jamais quittée depuis. Et, de retour sur ses terres après ces voyages, Emma Cassi se rêvait en bergère courant après ses chèvres ou ses moutons, de montagnes en vallons. Nourrie par ces voyages merveilleux, bercée par les images enchanteresses d’Emmanuelle Béart dans “Manon des Sources”, elle se voyait mener une vie simple, au plus près de la nature. Mais, très vite, on lui murmura à l’oreille que ce métier tel qu’elle le percevait n’existait plus aujourd’hui. Alors, peut-être serait-elle danseuse ?

 

Emma Cassi, danseuse, bergère ou… Artiste en devenir ?

Ne pouvant devenir ni l’une, ni l’autre, Emma Cassi étudia finalement l’Art, un peu par hasard… Études inachevées, puisqu’elle choisit de suivre son époux à Londres. Là-bas, de fil en aiguille, elle s’initia à la broderie et commença à vendre ses créations de sacs puis de bijoux délicats. En parallèle, elle nourrit sa créativité différemment en travaillant à la mise en page du magazine Country Living, puis comme styliste décoration indépendante. Très vite, elle se laissa happer par la création, qui était pour elle bien plus qu’un métier : une véritable passion. Peu à peu, elle cessa de sortir, sauf pour se rendre au Japon… Toujours pour nourrir sa passion dévorante. Mais un beau jour, son corps la rappela à l’ordre : cela faisait déjà 20 ans qu’elle travaillait minutieusement ! Il était temps pour elle de remettre son corps en mouvement. De revenir à la Vie.

Vie qui pour elle ne peut qu’être vécue en lien avec le Vivant. Ainsi, de son enfance baignée de simplicité, Emma Cassi retient les tisanes bienfaisantes et bocaux de tomates maison aux pulls moelleux pour les hivers froids… Le tout, fait à la seule force des mains par ses aïeux. Une vie simple, et aussi, une vie ensemble, puisqu’une grande partie de sa famille habitait dans le même village. La scierie de son grand-père, lieu de création, se faisait alors le haut-lieu de confidences terriennes : la disparition des champignons, la pollution générée par certains paysans ou encore, quels fruits de saison mettre en bocaux pour les savourer saison après saison… Mais pour Emma Cassi, la scierie était bien plus qu’un simple lieu de création, ou même de retrouvailles. C’était le lieu où l’Art prenait naissance.

Là où l’Art prend naissance...

Car, dans ses yeux d’enfant, cette façon qu’avaient son grand-père, puis son père, d’entrer en lien avec leur matière, de faire jouer leurs mains dessus… N’était en rien différente du lien unissant un artiste à sa création. Alors, aux côtés de ses aïeuls, elle façonnait sa propre vision de l’Art, bien loin de celle que l’on écrit dans les livres. Une vision qui resta ancrée en elle, définissant les contours de sa propre sensibilité artistique.

Et si le Beau ne se cantonnait pas seulement à ce que nos yeux voient, mais reflétait la manière dont on regardait le Monde ? Si vous lui demandez quels films l’ont le plus marquée, Emma Cassi vous parlera certainement, les yeux pétillants et les joues empourprées de joie, d’Aluna. Car pour elle, le fil d’or déroulé par le chef Kogi dans ce film signe une performance artistique bien plus puissante que le ferait l’acteur le plus reconnu. Ce, parce que le chef Kogi n’a pas conscience de la beauté de gestes qui sont pour lui naturels, et qui par essence, sont de l’Art. Un Art simple et intuitif. Vivant.

D’ailleurs, si vous lui demandez quelle est sa création préférée, Emma Cassi vous répondra sans hésiter que ce sont les pelotes d’algues vertes amoncelées sur des rochers avec ses enfants lors de vacances au bord de la rivière. Car, pour elle, l’Art invite à faire corps avec le paysage : à laisser ses mains jouer avec la matière, sans penser. Et, plus encore, à entrer dans cette matière, en se faisant tantôt algue ou encore rocher… Un Art nourri tant par ses terres que ses rêves et balades. Et un Art qui se vit en présence, dans un état proche du recueillement nécessaire à la fluidité du geste. Car c’est là que naît l’alchimie entre la matière et la main.

Emma Cassi, du terreau humide de l’Angleterre aux terres chaudes d’Espagne

Empreinte de son amour si fort pour le Vivant, Emma Cassi ne resta donc pas longtemps à Londres. Très vite, sa famille et elle firent de la campagne avoisinant Windsor Great Park leurs terres d’accueil. Là-bas, elle découvrit une nature sauvage, puissante et ancestrale. Les hautes fougères par milliers, l’humus riche et spongieux, et même, les arbres morts laissés à même le sol… Jamais elle n’avait vu de si belle forêt. Alors, bien plus que de simples promenades, ses balades devinrent pour elles de véritables soins, baignés de l’énergie intense d’un arbre en particulier.

Car, au sein de ces journées bercées par ses escapades dans les bois, Emma Cassi rencontra celui qui allait accompagner sa propre transformation. Un arbre majestueux, hors du commun, connu dans le village sous le nom d’Arbre Éléphant. Pourtant, après quelques quatre années de déambulations et de connexions profondes avec cet arbre, elle ressentit un message fort : cette terre humide et marécageuse qu’elle avait tant aimé ne lui convenait plus. Elle médita alors longuement auprès de l’Arbre Éléphant, confuse de la dysharmonie naissante entre son amour si fort pour ces terres et un besoin de soleil qu’elle pressentait viscéral.

Une fois rentrée à la maison, son époux et elle surent : ils iraient en Espagne. C’est ainsi qu’après de longues années sur les terres anglo-saxonnes, ils déposèrent leurs valises à Madrid à l’été 2021. Pour Emma Cassi, ce fut un moment de bouleversements physiques intenses. Mais qu’importe, elle continue auprès des siens son chemin vers le soleil, tel un oiseau migrateur. Aujourd’hui, elle rêve de désert en admirant les peintures de Georgia O’Keefe, et, couchée à même les herbes sèches et la ciste du parc de la Casa del Campo, elle se délecte de la lumière chaude et enveloppante que seules savent offrir les terres du Sud.

 

Marion B. (La Poudre et La Plume)

Emma Cassi is a French artist who expresses her creativity in several practices. She was a jewellery designer (HP France in Japan, Anthropologie in USA and UK, Designers Guild in London...) and interior stylist for many years. With Silk, she has adopted an intuitive process in which she allows her creations to develop while she creates them.

She experiments with fiber art through embroidery (Hand & Lock prize), weaving, latch hook, natural dyes...
Beside textile creation, Emma photographs trees and plants, draws and creates herbariums.
Her love for ancient craft took her to learn pottery resulting in the creation of textile objects.

"I'm shaping fabric using the coil technique, the old process of potters derived from basketry, to slowly create shapes. The textile bowls and baskets are made with recycled materials: wool, cotton, silk... anything that gives me a pleasure to touch and work with. I am using a sewing machine to form the shapes with a regular spiral movement.
From time to time, I put the bowls on a potter's whirler to make sure the walls I am building are strong enough and that the shape is what I like. At the end, I spray the objects with starch and essential oil. Each pot is unique and is given the name of a plant or flower."